Frédérique Berthon

Alors voilà, je faisais des images, me les laissais couler des doigts à la recherche d’un signe sur le sol. Je m’étais par imprudence laissée piéger à la surface de la terre et loin au ras du sol, là où courent les meutes ; et le temps de commencer à entrevoir que peut-être s’aventurer hors du passage sous les arbres n’était pas tant une erreur qu’une condition sine qua non, alors déjà j’avais laissé l’instinct me tracer ces signes dans l’air du soir. Et même si je ne savais qu’en dire et si je me doutais que ce ne serait pas chose facile à comprendre, ni même pour qui, pour quoi, pour qui reconnaitrait cette route et me dirait : oui, c’est par là, je continuais à me faire saigner les doigts ; et, un jour, ce ne fut plus du sang qui macula le passage, juste la pluie, et derrière ce rideau, le sol se mettait parfois à scintiller légèrement d’une couleur que mes yeux ne voyaient pas ; et je continuais, pour qui, je ne savais pas, pour moi peut-être, mais ça ne peut suffire, alors disons que je persévérais pour les dieux.
Et même si ma langue se noue et que j’hésite encore à nommer cette maladie qui m’étrangle les mots dans la gorge, ce qui me retient de vous parler - un mouvement derrière le feu ; pourquoi est-on si peu sûr de soi alors que le peur ne sert à rien ? Je le sais, mais la contraction reste -, c’est pour ces choses dans l’air qui ne me font aucun mal que je fais ce que je fais.

Illustrateur pour l'anthologie : Conquêtes & Explorations Infernales.


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